E-terviews : Frédéric
Vignale,
Laurence Konieczny
Florence
Issac, poétesse ! AUTEUR
: Frédéric Vignale DATE : 11
mai 2002
http://www.e-terviews.net/dyn2/article.php3?id_article=151
Florence Issac est une femme
typée, belle et sensible, passionnée,
engagée, et dynamique (..). Elle est aussi et
surtout diablement inspirée quand elle écrit,
ce qui tendrait à prouver qu'on a souvent une
image fausse des poètes du temps présent.
Florence Issac dépoussière, à sa
manière, le monde des lettres avec ses textes
courts, fleuris de milles et unes couleurs comme un
jardin de fleurs uniques. Découvrez-là
ainsi que sa prose et ses vers rimés sur son
site internet qui est comme une maison ensoleillée
:
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1. Comment
peut-on encore être poète en 2002 alors
que c'est le dernier art littéraire qui ne rapporte
rien à part une gratification au plus profond
de soi-même La réponse est dans
votre question. Etre poète n'est pas quelque
chose de calculé ni de prémédité.
C'est une façon d'être au monde de rester
sensible aux autres, apte à recevoir et donner
des émotions, des sensations, rester dans l'écoute,
dans l'énergie du contact. On est poète
au plus profond de soi à la recherche de sa lumière.
On vit l'instant au plus près de ce qu'on ressent
être sa vérité sans se préoccuper
des modes et des modèles qui font l'actualité.
2. Mais qu'essaye donc de faire et de partager
Florence ISSAC avec la création de son site internet
ouvert sur le monde ? J'essaie de partager
avec les autres mes croyances en un monde meilleur,
un monde fait de partages, de solidarité, d'amour,
de joies. S'exprimer soi et laisser à d'autres
également qui n'auraient pas cette opportunité,
les moyens de le faire. Une envie de montrer des personnalités
qui ont une éthique dans ce sens. Le sens du
bon, du beau qui met en exergue la capacité de
l'Homme à maîtriser et dompter le côté
sombre inhérent à la nature humaine; l'humanité
de l'humanité en quelque sorte.
3. Qu'est-ce qui vous pousse à tant d'actes engagés
comme vos combats quotidiens contre les Guerres, l’ignorance,
les fanatismes ?(...) Je ne m'inscris dans
aucun groupe religieux, ni politique. Je pense être
mue par une foi intérieure. J'ai peut-être
le sentiment de saisir des choses que d'autres n'ont
pas pu cueillir et qu'il est de mon devoir de ne pas
cacher. J'y suis poussée dans mon quotidien car
beaucoup d'injustices me heurtent et me révoltent,
l'abus de pouvoir, l'avidité, la prostitution.
Le monde est sans pitié pour les plus faibles,
les doux. C'est pour eux qu'il faut lutter si l'on s'en
sent la force, sans failles avec une persévérance
à toute épreuve. Rester aveugle et sourd
à tout ce qui pourrait nous détourner
de ce chemin. L'ignorance est le pire de tous les fléaux,
elle amène l'intolérance, les fanatismes,
le repli sur soi, les guerres. Je préconise une
société interculturelle où chacun
garderait sa singularité tout en acceptant celle
de l'autre. Nous ne faisons qu'un bref séjour
sur cette terre, et nous devons faire en sorte que cela
se fasse du mieux possible. A quoi bon s'entretuer,
se déchirer? Pour moi c'est d'une grande absurdité!
Cela tient du bon sens! on ne maîtrise rien de
l'histoire avec un grand H. Par contre dans son itinéraire
personnel on peut agir, sur son environnement, son réseau
relationnel. Chaque moment, chaque action sont importants.
Nous sommes tous interdépendants les uns des
autres et beaucoup d'hommes semblent l'avoir oublié.
4. Dans votre biographie vous parlez de métissage
en parlant de votre naissance entre un père aveyronnais
et une mère française d’origine piémontaise.
C'est important de revendiquer cela pour vous ?
Bien sûr! J'en suis très heureuse.
Le fruit d'un mélange même si les différences
culturelles dans l'espace et dans la culture ne sont
pas énormes. Peut-être un clin d'oeil à
mon père qui revendiquait ses origines auvergnates.
Une identité provinciale dont j'ai été
imbibée. Le sentiment ainsi de pouvoir m'adapter
et me mouler dans n'importe quels groupes. Je suis également
très fière de mes origines italiennes,
de mes grands-parents immigrés qui se sont installés
en France pour y travailler et y faire leur vie. C'est
comme si j'avais en moi une grande richesse en plus,
des univers multiples et j'ai une immense gratitude
d'être la continuité de leurs vies faites
de courages et de combats. 5. Vous semblez
être la dernière idéaliste, la dernière
utopiste de ce bas monde.. peut-on résolument
se battre avec un stylo... en tout cas vous semblez
y croire ? La dernière? Oh non! Quelle
tristesse si c'était le cas. Beaucoup de poètes
ne demandent qu'à s'exprimer et lâcher
leurs cris. A notre époque, les médias
privilégient les discours stériles, faciles
ou haineux. La violence tient le haut du pavé.
C'est elle qui fait vendre comme dans un passé
plus lointain le faisait le spectacle sanglant dans
les arènes du cirque. Elle est partout omniprésente,
banalisée à outrance comme un fait inéluctable.
Sur la scène mondiale, qui est en vedette? Des
individus lisses et vides occupés uniquement
de leur apparence, de leur notoriété,
de leur audimat, a contrario de ce qu'ils devraient
épanouir évidemment, c'est à dire
leurs potentialités; rester éveillé
au monde pour y saisir "la substantifique moelle".
6. Quand vous écrivez, vous le faites
pour témoigner ou pour entrer dans un dialogue
implicite avec l'autre ou les deux à la fois
? L'écriture est une activité
très complexe. On n'en finira jamais de saisir
le pourquoi. Ce peut être une révolte,
un cri, une envie de dire. Une souffrance qui a besoin
de s'épancher. Un désir perpétuel
de création et de musique intérieure.
Une introspection de son for intérieur. Une envie
irrésistible de démiurge de saisir le
monde et de le déjouer, de le façonner
selon ses propres règles et d'y laisser sa trace.
Une imagination fertile qui s'exalte et musarde sur
la feuille. Cela irait ainsi plutôt dans le sens
du témoignage. Mais c'est aussi l'envie d'écrire
à ses amis, de partager des credos, d' expliquer
et de faire comprendre qui l'on est. 7. Que
faisiez-vous le 11 septembre 2001 ? Le 11
septembre, j'étais chez moi. j'ai été
prévenue assez rapidement des événements
par un ami au téléphone et j'ai assisté
aux déroulements de l'attentat à la télévision
assez interloquée et abasourdie de la même
façon que je reçois les scènes
de violence dont nous abreuve de plus en plus à
la télévision. 8. Que pensez-vous
des mégalos et des narcissiques ? On
peut tous être à un moment donné
de sa vie mégalo et narcissique. La mégalo
et le narcissisme peuvent nous pousser à aller
de l'avant, croire à la réussite incontournable
de toutes nos entreprises. Cette mégalo et ce
narcissisme ne doivent être qu'un passage, des
pulsions de vie qui s'effacent pour céder la
place à ce qui fait l'homme libre et qui donne
sens à son action, l'altruisme, la générosité,
l'écoute, l'effacement pour mettre en lumière
ce qu'il aime. " Eclaire ce que tu aimes sans toucher
à son ombre" dit Daniel Rondeau. J'adore
cette phrase!Les mégalos et narcissiques donc?
Des hommes tristes, vides, des automates, des hommes
conditionnés, des non-vivants. Je méprise.
9. Chrétien de Troyes ou Baudelaire
? Baudelaire bien sûr! les fleurs
du mal.L'homme voyant, désespéré,
amoureux de toutes choses et laissant éclater
sans retenue ses états d'âme.
10. Le Pen ou Stalline ? Les extrêmes
de la médaille ? Ni l'un ni l'autre, évidemment.
La place est au centre. Une juste mesure ou un contre
pouvoir de droit régulant les dérives
inhérentes à tout parti."Le pouvoir
seul arrête le pouvoir" a écrit Montesquieu.
Je préconiserais un intellectualisme actif comme
nous le suggérait Pierre Bourdieu. Une réflexion
théorique axée sur une pratique mettant
en avant l'amélioration au quotidien du sort
des citoyens. 11. Cinq mots qui vous définissent
bien et qui commencent pas "I" ? Inquiète,
Inspirée, Inventive, insoumise, inattendue.
j'en ai d'autres ... Intuitive, Impulsive parfois Insolente!
12. L'enseignement est-il encore une sinécure
ou faut-il mieux avoir des échappatoires obligés
comme l'écriture ? L'écriture
est un ressourcement. Il est nécessaire et fondamental
pour bien faire ce métier qui demande une formidable
pêche! Une énergie de tous instants, Une
capacité énorme d'attention, de concentration,
d'analyse, de patience. C'est un métier où
l'on doit se remettre en question et l'écriture,
enfin pour moi, permet cette distance et cette auto-critique.
L'écriture mais aussi la lecture pour se nourrir
soi-même se montrer en exemple et pouvoir transmettre
les connaissances. Nous sommes des passeurs, des transformateurs.
Il est primordial aussi de se trouver des
soupapes, des ères de liberté mais je
pense que ceci peut s'appliquer aussi à d'autres
activités professionnelles. Le problème
de la profession d'enseignant est que celle-ci n'a pas
l'importance et la reconnaissance que le regard de la
société devrait lui accorder. Les enseignants
ont peut-être le sentiment d'une dévalorisation
de leur profession qui les conduit à s'investir
dans d'autres domaines. 13. La citation ou
maxime qui ne vous quitte pas ? "Il ne
faut pas plaindre les malheureux, il faut les servir."
Voltaire. Rien ne m'énerve plus que quelqu'un
qui parle et n'agit pas. 14. L'auteur qui
vous bouleverse le plus et celui qui vous révolte
? Il y a tellement d'auteurs magnifiques et
bouleversants. J'adore Zola, Dostoïevski , Musil,
Camus dans les plus anciens. J'aime les philosophes,
les hommes de sciences, Edgar Morin, Raymond Aron, Lévinas,
Jung. Dur d'établir un hit parade! Pour
ce qui est des autres, je n'aime pas actuellement Houellebecq,
Catherine Millet, les sexistes comme Montherlant. Je
trouve dangereux que l'on parle d'auteurs qui ont eu
une vie des plus répréhensible comme Céline
même si ceux-ci avait un talent littéraire.
L'écrivain doit être un éclaireur
et non un atomiseur. Il devrait mettre ses pensées
en adéquation avec ses actes. 15. Le
plus beau "retour" d'un lecteur à votre
endroit ? M'avoir dit que le livre l'avait
aidé à poursuivre sa route car il l'avait
éclairé sur certaines choses de sa vie.
le sentiment d'avoir été utile à
quelque chose. Et aussi l'émotion d'une dame
qui m'a avoué avoir pleuré en lisant un
de mes poèmes. 16. Quelle importance
ont les images dans votre vie artistique ?
Avant d'écrire, on a un film qui se déroule
dans la tête. ce sont d'abord les images qui viennent
et vous embarquent. Les mots ne sont que l'expression
de ce fleuve d'images qui vous envahit. On tente d'exprimer
au plus juste ce flux d'inconscient avec les sensations
qui vont avec. 17. Le livre que vous auriez
rêvé d'écrire ? Les livres
comme Agatha Christie sait les faire."Les dix petits
nègres" par exemple Suspens, Psychologie,
Finesse, Surprise. Des livres qui semblent légers
et qui sont d'une profondeur et d'une intelligence remarquables.
Une grande dame qui m'épate. 18. Comment
écrit-on à quatre mains ? En
se laissant guider par l'autre. En s'amusant, en s'écoutant.
C'est une expérience fantastique très
exaltante. Le bonheur du succès est multiplié
par deux. 19. Qu'est-ce qui fait courir
Florence Issac ? L'amour des autres. Le besoin
de donner. L'envie de recevoir. Le sentiment d'être
utile. Le jeu et plein d'autres plaisirs...
20. Parlez-moi s'il vous plaît de votre dernier
livre ? Un recueil de poésie et photos.
A partir des photos d'un ami Emmanuel Augustine, je
me suis laissée aller à dire les mots.
"Mages, magie, images" est né de l'envie
à tous deux de mettre en lumière certaines
images, certaines émotions qui nous tenaient
à coeur. Une oeuvre encore à deux. j'aime
le travail partagé, je pense plus riche et moins
nombriliste. je travaille actuellement sur un recueil
de nouvelles mais mes activités professionnelles,
mes enfants, mes amis, et maintenant le site, ne me
laissent pas tout le temps nécessaire pour finir
l'ouvrage. mais cela suit son chemin... |
http://www.wart-art.org/eterviews/issac.htm
http://www.webzinemaker.com/admi/m6/page.php3?num_web=1546&rubr=4&id=35031
AUTEURE: Laurence Konieczny
"Elle est Opaline
comme la mer qui l’emporte dans ses remous. Son corps ondule. Au
tréfonds de son âme, le labyrinthe se déplie.
Ses sentiers suivent la ligne d’une direction d’étincelles."
Elle serait un peu comme ça, Florence Issac, opale aux reflets
changeants et irisés, son prénom pourrait conjuguer
ses livres, avec florilèges, flots suaves comme un
flux d'images sensorielles, fleur qui s'ouvre et se replie au gré
des saisons...
Enseignante par vocation,
elle se ressource en poésie. Humaniste, elle milite pour
un monde plus juste, en se battant pour l'insertion des immigrés
et contre l'illettrisme. Sa façon d'être au monde,
c'est être vraie, entière et proche des autres.
Avec son livre "Mage,
magie, images", elle donne ses mots à la magie des images
pour transmuter la peine en "éclats d'instants, flash"
, jetés pêle-mêle sur la page.
Emmanuel Augustine
est informaticien et photographe passionné depuis l'âge
de 14 ans. Marier la poésie et la photo a été
pour lui "le plus beau moyen pour rendre hommage au père
disparu et certainement faire le deuil".
La jeune fille
Elle est Opaline
comme la mer qui l’emporte dans ses remous. Son corps ondule. Au
tréfonds de son âme, le labyrinthe se déplie.
Ses sentiers suivent la ligne d’une direction d’étincelles. Grincements , délices
du vertige. Balle, bulle, babille dans le nid vers l’infini où
se brisent des douleurs, où s’épanouissent les formes
et les couleurs La jeune fille s’envole. Écrire pour survivre
comme le mourant qui appelle sa mère à l’aube de sa
nuit.
Extase
Eclatante, Tu te reposes Tu t’inclines sous
mes ailes Tu t’offres à
mes ardeurs Et j’imagine ne plus
finir, largué. Léon
Tes mots fer de lance
Pensées blessées sur l’écueil
de tes lèvres
Je
transe………
Balance
inachevé
De
tes mots enfermés
Au chaud et froid,
dans
les cendres
De tes mots étrangers
Consumé
Je transe
Je transpire
Je pour le pire
Je me déchire
à
en mourir
Éclipse
Fils ténus Nœuds, mains pressées
Qui s’agglutinent
La trame de tous ces désirs
Inavoués qui se cherchent
se retrouvent
et se perdent.
Dans sa chevelure d’or et d’argent
J’ose de mes doigts,
Je déplie un à un les voiles de ses
méandres
Et le découvre
Les champs du possible
Les battements de pied
s’épanchent, portés, transportés
Dans le vide.
Les errances apeurées
Découvrent la vision SOUS
Sous le plein du Sous
Le Sens
L’envers de l’endroit.
Tout dépend de l’endroit où
l’on se place :
Sur, sous ?
En , dans ?
Où ? Les yeux, la main,
les lèvres,
La bouche aux aguets.
Inventaire du possible
Vertige
Vertige de l’image
Image-magie de ton visage
à te regarder
à te regarder Éperdue
À te regarder
Serpent
à lunettes
Serpent
à fossettes
Serpent à
sonnettes
Interview
Propos
recueillis par Laurence Konieczny
Comment est né
ce projet d'écriture à "une main - un regard"
qu'est le livre "Mage, magie, images" ? Comment avez vous
travaillé avec Emmanuel Augustine? On est
partie tout simplement d'une envie de créer quelque chose
ensemble en apportant chacun sa pierre à l'édifice.
Manu a une passion pour la photo, moi mon truc c'est plutôt
assembler les mots, donc tout naturellement l'idée
d'un recueil photos poèmes a germé. On avait également
une souffrance à expulser et exorciser tous les deux et l'art
permet ce dépassement cette transfiguration, cette transcendance
contre la peine qui submerge. Nous n'avions pas de méthode
précise. L'œuvre s'est précisée au fur et à
mesure que nous avancions à l'aveuglette puis l'évidence
s'installe et on sait que c'est terminé que nous pouvons
boucler. C'est la magie que le titre du recueil évoque.
Nous sommes partis des photos qui nous touchaient tous les deux,
des photos d'enfance, de nature, de personnages. De ces photos sont
partis mes mots. Manu a vu dans certains poèmes également
des images qui lui parlaient.
Emmanuel Augustine:
"A la mort de mon père en 1993, je m'étais promis
de lui rendre hommage en réalisant pour toute la famille
un "livre-souvenir" avec des photos commentées
d'anecdotes de chacun. Mais je me suis très vite rendu compte
qu'une telle démarche à titre personnel demandait
beaucoup d'investissement, et de temps et d'argent. Florence, que
je connaissais déjà avait perdu son père la
même année et dans notre deuil, je pense que nos idées
se sont retrouvées. L'idée du livre photo/texte était
restée dans la forme, mais le fond a prit une toute autre
tournure. Florence était déjà dans l'écriture
et voulait que l'on puisse éditer une ouvre commune : l'album
de famille n'avait donc à ce moment là plus aucun
intérêt; Il nous a fallu quand même 7 ans pour
que "Mage Magie Image" voit le jour : un cycle certainement
nécessaire pour mener à maturité un recueil
qui reste malgré l'édition quelque chose de très
personnel."
Quelles sont
"les nourritures" de votre âme de poétesse?
Les poètes connus et peu connus que je glane lors de
mes promenades en bibliothèque mais aussi dans les brocantes.
Je découvre des vieux recueils de manuscrits auto-édités
et j'adore ça, je me sens tellement proche de la personne
qui a écrit. J'adore Michaud, Baudelaire, Rimbaud,
Verlaine, Prévert. Je lis, je lis, j'ai du mal à
retenir tous les noms des auteurs. Tous les poètes me touchent.
Ce sont des écorchés vifs, des hypersensibles et je
me reconnais, des révoltés, des amoureux. Mais plus
que dans les lectures c'est dans sa vie que l'on puise son inspiration
comme des cris, des émotions que l'on veut ficher sur le
papier, dessiner pour les conserver et peut-être sûrement
pour savoir les maîtriser comme un trop plein de sensations
qu'il faudrait pouvoir contenir
Comment êtes-vous
entré "en écriture"? Très
jeune, je m'inventais des histoires. J'étais déjà
très sensible aux autres à ce qui se cache derrière
les masques, tourmentée par les injustices, prise de grandes
amitiés. Donc tout d'abord un cahier journal où je
dressais les caractères de mon entourage. Je lisais également
beaucoup. Puis des poèmes comme ils me venaient dans la nuit
comme un flash important à saisir.
Quelle serait votre
propre lecture de votre oeuvre?
J'y sens une révolte
qui demande à être exprimée. Des fulgurances,
des révélations, des visions qui me viennent et qu'il
me faut expulser. Comme une cocotte minute qui bout et qui doit
laisser partir la vapeur. Cette obsession de toucher la vérité
au plus près. Mais aussi fortement ancrée en moi ,
cette envie de jouer avec les mots, de jongler, de me mettre à
nu et de séduire.
Interview Cadavre- Exquis :
LK: Une femme
se regarde dans un miroir. Elle se dit:
Florence:
C'est comme un livre qui contient d'autres livres à la manière
du principe des poupées gigogne russes. On s'embarque et
on peut y flâner dans les odeurs, les couleurs, les sensations
pour y cueillir des images, des émotions. C'est une aventure
ouverte sur l'infini. C'est magnifique, fabuleux. On trouve
à peine les mots pour dire, pour imaginer tout ce que l'on
peut y faire. J'adore la nouveauté. La connaissance est infinie.
On aura jamais fini. Il faut savoir rester dans ce désir
d'avancer, de progresser sans cesse. Savoir rester émerveillé
par la beauté des choses comme un jeune enfant qui s'éveillerait
au monde. Un alchimiste joue avec ses poudres dans son
laboratoire. Il pense:
Je veux mettre
en avant les Hommes lucides, intelligents, capables d'analyser l'Histoire
du monde et des peuples sans désespoir, avec humilité
et compassion pour notre race. Des hommes qui prônent l'amour,
la solidarité, le partage entre les êtres comme seul
salut contre cette errance quelquefois si cruelle et si absurde
tel Sysiphe qui doit refiler sans fin les mailles de son ouvrage.
Des hommes généreux qui proposent des solutions concrètes
transposables à notre condition. Je suis profondément
captivée par bon nombre de scientifiques, philosophes, sociologues.
Platon, Socrate, Jung, Lévinas et tant d'autres d'une grande
sagesse que l'on ne devrait jamais cesser de lire et d'écouter.
Un homme
et une femme se tiennent main dans la main, ils sont des vase-communicants...
peut-être télépathes...
La méchanceté
gratuite, la cruauté, la bêtise. Pour moi est intelligent
celui qui a l'intelligence du cœur, celui qui est capable de comprendre
les âmes, d'être en empathie avec les autres.
A l'heure actuelle on prête de l' intelligence à celui
qui est capable de se modeler au système universitaire, de
suivre les étapes sans heurts. Pour moi cette conduite telle
qu'elle est pratiquée dans notre pays est le contraire de
l'émergence d'un esprit critique, éveillé,
riche et créatif. On crée des automates stéréotypés,
morts avant d'avoir vécus prisonniers d'une société
marchande. J'admire la bonté, l'humanité, l'humour.
Des valeurs dont on n'ose pas parler de peur d'être taxé
de mysticisme ou de folie Au sommet d'une montagne, un
paysage se découvre...
C'est une
façon de se construire, de prendre en main sa vie, sans fatalisme
avec courage et volonté. Une manière d'affronter des
situations difficiles, de se structure et d'affiner sa réflexion.
Il faut, je crois être sans arrêt vigilant à
ne pas se laisser aller à l'agressivité, à
la violence humaine qui nous habite. Rentrer dans l'écriture,
le savoir est une manière d'échapper à ce fléau.
Comprendre l'autre permet de l'accepter dans sa différence
et évite ainsi les guerres
Un livre
est ouvert sur une table de chevet, près d'un chandelier.
Tant de chose
encore que je n'ai pas réalisé. J'ai l'impression
que je n'aurais jamais fini. Et c'est très bien. Je ne vis
pas dans l'urgence. j'aime goûter les choses, les apprécier
à fond. J'ai le sentiment en moi d 'avoir l'éternité.
J'aimerais entre autres jouer un rôle au théâtre
ou au cinéma, faire partie d'une troupe ou d'une équipe
pendant quelques mois en tournée. Ah oui ce serait super!
Vivre un temps de fêtes et de travail en groupe pendant un
long moment, passionnée sur un projet précis. J'aimerais
aussi Voyager dans tous les pays que je n'ai pas encore eu
l'occasion de visiter. Y Faire des reportages, des articles sur
la vie des gens. Me mettre à la photo. A la peinture. Je
crois que la peinture est un travail très proche de l'écriture.
Ce qui est important pour moi, c'est d'avoir toujours des challenges,
des défis à relever. Être en perpétuel
évolution. Avoir toujours le sentiment d'être en ré-création!
Une femme est allongée sur un divan, son déshabillé
glisse sur son épaule.
J'aurais
aimé rencontrer Brassens, Prévert. Des bonhommes tranquilles,
inventifs, originaux tolérants qui inspirent la paix, la
confiance. Habiter un monde d'artistes fait de sensibilités,
de musique, de fantaisies et d'amour.
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