Un bout de chemin :

 

Photographe: medhi.taamallah1@9online.fr

 

Florence ISSAC

Poétesse et romancière française.

Née en 1960, une enfance heureuse entourée de nombreux amis, à Saint Gratien en région parisienne. Métissage entre un père aveyronnais et une mère française d’origine piémontaise. Sa carrière est à l’image de cettepluralité puisque sa destinée l’amène dès le collège à s’ouvrir à de multiples disciplines : la danse, le sport, le théâtre, la lecture des oeuvres littéraires, l’écriture. Elle fait ses études à l’école publique puis au lycée pilote d’Enghien et enfin à l’Ecole Normale de Chartres. Elle se marie, a trois enfants, enseigne et obtient en parallèle une maîtrise de français langue étrangère à l’Université de Jussieu Paris7. Toutefois, si l’enseignement est une vocation, sa passion secrète reste l’écriture. Son premier livre, en 1994, est un recueil de poésies :"Un peu d’amour avant la fin" , florilège où elle rassemble des poèmes écrits depuis l’enfance. Puis viennent ensuite :
"Prends soin de tes rêves" en 1998
"La fissure" en 1999,  livre co-écrit avec une amie chère, Véronique Deroy et édité en juin 2000 par les Editions Lettres du Monde.
Et "Mage, Magie, Image" recueil de photos ( Emmanuel AUGUSTINE ) et poèmes, en 2000.
D’une sensibilité exacerbée, d’une sentimentalité à fleur de peau, ses livres traitent de solitude, de la mort qui l’obsède, de quête d’amour dans une humanité souffrante qui se tourne vers l’individualisme.
Des questions omniprésentes se retrouvent en filigrane dans tous ses écrits « Est-il décent de supporter l’insupportable, le mal destructeur inhérent à la nature humaine ? Y-a-t-il encore dans cette Histoire qui se répète de façon si cruelle l’espoir d’actions efficaces et réparatrices pour l’humanité toute entière? »
Pour l’Homme perdu dans l’immensité de l’Univers, la solution pour vivre au mieux la vie est le partage et la solidarité entre les êtres. Le langage est un outil de pouvoir pour les plus fortunés afin d’asseoir leurs privilèges et d’accentuer les inégalités. C’est ainsi qu’elle milite avec ferveur pour l’insertion des jeunes immigrés et se bat contre l’illettrisme et l’intolérance. Idéaliste, utopiste elle se révolte au nom de l’Amour, l’ultime vérité contre les Guerres, l’ignorance, les fanatismes.
Son style est rapide et concis. Une écriture intuitive, chaleureuse et sensuelle qui touche au plus juste sans masque et sans fausse exagération. La forme varie mais les thèmes sont cycliques : L’AMOUR et L’ETERNITE de L’ENFANCE, seules armes contre l’absurdité du destin, L’ABSENCE et LA MORT des êtres aimés vécues comme l’Insupportable. Dans la récurrence, l’écriture devient apodictique dans l’Art du dire. Les écrits s’adressent à la mémoire vive où les affects sublimés se réalisent dans l’écriture d’un style à part.

de Florence Issac

 

E-terviews : Frédéric Vignale,             Laurence Konieczny

 

Florence Issac, poétesse !
AUTEUR : Frédéric Vignale    DATE : 11 mai 2002

http://www.e-terviews.net/dyn2/article.php3?id_article=151

 

Florence Issac est une femme typée, belle et sensible, passionnée, engagée, et dynamique (..). Elle est aussi et surtout diablement inspirée quand elle écrit, ce qui tendrait à prouver qu'on a souvent une image fausse des poètes du temps présent. Florence Issac dépoussière, à sa manière, le monde des lettres avec ses textes courts, fleuris de milles et unes couleurs comme un jardin de fleurs uniques. Découvrez-là ainsi que sa prose et ses vers rimés sur son site internet qui est comme une maison ensoleillée :


1. Comment peut-on encore être poète en 2002 alors que c'est le dernier art littéraire qui ne rapporte rien à part une gratification au plus profond de soi-même

La réponse est dans votre question. Etre poète n'est pas quelque chose de calculé ni de prémédité. C'est une façon d'être au monde de rester sensible aux autres, apte à recevoir et donner des émotions, des sensations, rester dans l'écoute, dans l'énergie du contact. On est poète au plus profond de soi à la recherche de sa lumière. On vit l'instant au plus près de ce qu'on ressent être sa vérité sans se préoccuper des modes et des modèles qui font l'actualité.

2. Mais qu'essaye donc de faire et de partager Florence ISSAC avec la création de son site internet ouvert sur le monde ?

J'essaie de partager avec les autres mes croyances en un monde meilleur, un monde fait de partages, de solidarité, d'amour, de joies. S'exprimer soi et laisser à d'autres également qui n'auraient pas cette opportunité, les moyens de le faire. Une envie de montrer des personnalités qui ont une éthique dans ce sens. Le sens du bon, du beau qui met en exergue la capacité de l'Homme à maîtriser et dompter le côté sombre inhérent à la nature humaine; l'humanité de l'humanité en quelque sorte.


3. Qu'est-ce qui vous pousse à tant d'actes engagés comme vos combats quotidiens contre les Guerres, l’ignorance, les fanatismes ?(...)

Je ne m'inscris dans aucun groupe religieux, ni politique. Je pense être mue par une foi intérieure. J'ai peut-être le sentiment de saisir des choses que d'autres n'ont pas pu cueillir et qu'il est de mon devoir de ne pas cacher. J'y suis poussée dans mon quotidien car beaucoup d'injustices me heurtent et me révoltent, l'abus de pouvoir, l'avidité, la prostitution. Le monde est sans pitié pour les plus faibles, les doux. C'est pour eux qu'il faut lutter si l'on s'en sent la force, sans failles avec une persévérance à toute épreuve. Rester aveugle et sourd à tout ce qui pourrait nous détourner de ce chemin. L'ignorance est le pire de tous les fléaux, elle amène l'intolérance, les fanatismes, le repli sur soi, les guerres. Je préconise une société interculturelle où chacun garderait sa singularité tout en acceptant celle de l'autre. Nous ne faisons qu'un bref séjour sur cette terre, et nous devons faire en sorte que cela se fasse du mieux possible. A quoi bon s'entretuer, se déchirer? Pour moi c'est d'une grande absurdité! Cela tient du bon sens! on ne maîtrise rien de l'histoire avec un grand H. Par contre dans son itinéraire personnel on peut agir, sur son environnement, son réseau relationnel. Chaque moment, chaque action sont importants. Nous sommes tous interdépendants les uns des autres et beaucoup d'hommes semblent l'avoir oublié.

4. Dans votre biographie vous parlez de métissage en parlant de votre naissance entre un père aveyronnais et une mère française d’origine piémontaise. C'est important de revendiquer cela pour vous ?

Bien sûr! J'en suis très heureuse. Le fruit d'un mélange même si les différences culturelles dans l'espace et dans la culture ne sont pas énormes. Peut-être un clin d'oeil à mon père qui revendiquait ses origines auvergnates. Une identité provinciale dont j'ai été imbibée. Le sentiment ainsi de pouvoir m'adapter et me mouler dans n'importe quels groupes. Je suis également très fière de mes origines italiennes, de mes grands-parents immigrés qui se sont installés en France pour y travailler et y faire leur vie. C'est comme si j'avais en moi une grande richesse en plus, des univers multiples et j'ai une immense gratitude d'être la continuité de leurs vies faites de courages et de combats.


5. Vous semblez être la dernière idéaliste, la dernière utopiste de ce bas monde.. peut-on résolument se battre avec un stylo... en tout cas vous semblez y croire ?

La dernière? Oh non! Quelle tristesse si c'était le cas. Beaucoup de poètes ne demandent qu'à s'exprimer et lâcher leurs cris. A notre époque, les médias privilégient les discours stériles, faciles ou haineux. La violence tient le haut du pavé. C'est elle qui fait vendre comme dans un passé plus lointain le faisait le spectacle sanglant dans les arènes du cirque. Elle est partout omniprésente, banalisée à outrance comme un fait inéluctable. Sur la scène mondiale, qui est en vedette? Des individus lisses et vides occupés uniquement de leur apparence, de leur notoriété, de leur audimat, a contrario de ce qu'ils devraient épanouir évidemment, c'est à dire leurs potentialités; rester éveillé au monde pour y saisir "la substantifique moelle".

6. Quand vous écrivez, vous le faites pour témoigner ou pour entrer dans un dialogue implicite avec l'autre ou les deux à la fois ?

L'écriture est une activité très complexe. On n'en finira jamais de saisir le pourquoi. Ce peut être une révolte, un cri, une envie de dire. Une souffrance qui a besoin de s'épancher. Un désir perpétuel de création et de musique intérieure. Une introspection de son for intérieur. Une envie irrésistible de démiurge de saisir le monde et de le déjouer, de le façonner selon ses propres règles et d'y laisser sa trace. Une imagination fertile qui s'exalte et musarde sur la feuille. Cela irait ainsi plutôt dans le sens du témoignage. Mais c'est aussi l'envie d'écrire à ses amis, de partager des credos, d' expliquer et de faire comprendre qui l'on est.

7. Que faisiez-vous le 11 septembre 2001 ?

Le 11 septembre, j'étais chez moi. j'ai été prévenue assez rapidement des événements par un ami au téléphone et j'ai assisté aux déroulements de l'attentat à la télévision assez interloquée et abasourdie de la même façon que je reçois les scènes de violence dont nous abreuve de plus en plus à la télévision.

8. Que pensez-vous des mégalos et des narcissiques ?

On peut tous être à un moment donné de sa vie mégalo et narcissique. La mégalo et le narcissisme peuvent nous pousser à aller de l'avant, croire à la réussite incontournable de toutes nos entreprises. Cette mégalo et ce narcissisme ne doivent être qu'un passage, des pulsions de vie qui s'effacent pour céder la place à ce qui fait l'homme libre et qui donne sens à son action, l'altruisme, la générosité, l'écoute, l'effacement pour mettre en lumière ce qu'il aime. " Eclaire ce que tu aimes sans toucher à son ombre" dit Daniel Rondeau. J'adore cette phrase!Les mégalos et narcissiques donc? Des hommes tristes, vides, des automates, des hommes conditionnés, des non-vivants. Je méprise.


9. Chrétien de Troyes ou Baudelaire ?

Baudelaire bien sûr!
les fleurs du mal.L'homme voyant, désespéré, amoureux de toutes choses et laissant éclater sans retenue ses états d'âme.

10. Le Pen ou Stalline ?

Les extrêmes de la médaille ? Ni l'un ni l'autre, évidemment. La place est au centre. Une juste mesure ou un contre pouvoir de droit régulant les dérives inhérentes à tout parti."Le pouvoir seul arrête le pouvoir" a écrit Montesquieu. Je préconiserais un intellectualisme actif comme nous le suggérait Pierre Bourdieu. Une réflexion théorique axée sur une pratique mettant en avant l'amélioration au quotidien du sort des citoyens.

11. Cinq mots qui vous définissent bien et qui commencent pas "I" ?
Inquiète, Inspirée, Inventive, insoumise, inattendue.
j'en ai d'autres ... Intuitive, Impulsive parfois Insolente!

12. L'enseignement est-il encore une sinécure ou faut-il mieux avoir des échappatoires obligés comme l'écriture ?

L'écriture est un ressourcement. Il est nécessaire et fondamental pour bien faire ce métier qui demande une formidable pêche! Une énergie de tous instants, Une capacité énorme d'attention, de concentration, d'analyse, de patience. C'est un métier où l'on doit se remettre en question et l'écriture, enfin pour moi, permet cette distance et cette auto-critique. L'écriture mais aussi la lecture pour se nourrir soi-même se montrer en exemple et pouvoir transmettre les connaissances. Nous sommes des passeurs, des transformateurs.

Il est primordial aussi de se trouver des soupapes, des ères de liberté mais je pense que ceci peut s'appliquer aussi à d'autres activités professionnelles. Le problème de la profession d'enseignant est que celle-ci n'a pas l'importance et la reconnaissance que le regard de la société devrait lui accorder. Les enseignants ont peut-être le sentiment d'une dévalorisation de leur profession qui les conduit à s'investir dans d'autres domaines.

13. La citation ou maxime qui ne vous quitte pas ?

"Il ne faut pas plaindre les malheureux, il faut les servir." Voltaire. Rien ne m'énerve plus que quelqu'un qui parle et n'agit pas.

14. L'auteur qui vous bouleverse le plus et celui qui vous révolte ?

Il y a tellement d'auteurs magnifiques et bouleversants. J'adore Zola, Dostoïevski , Musil, Camus dans les plus anciens. J'aime les philosophes, les hommes de sciences, Edgar Morin, Raymond Aron, Lévinas, Jung. Dur d'établir un hit parade!
Pour ce qui est des autres, je n'aime pas actuellement Houellebecq, Catherine Millet, les sexistes comme Montherlant. Je trouve dangereux que l'on parle d'auteurs qui ont eu une vie des plus répréhensible comme Céline même si ceux-ci avait un talent littéraire. L'écrivain doit être un éclaireur et non un atomiseur. Il devrait mettre ses pensées en adéquation avec ses actes.

15. Le plus beau "retour" d'un lecteur à votre endroit ?

M'avoir dit que le livre l'avait aidé à poursuivre sa route car il l'avait éclairé sur certaines choses de sa vie. le sentiment d'avoir été utile à quelque chose. Et aussi l'émotion d'une dame qui m'a avoué avoir pleuré en lisant un de mes poèmes.

16. Quelle importance ont les images dans votre vie artistique ?

Avant d'écrire, on a un film qui se déroule dans la tête. ce sont d'abord les images qui viennent et vous embarquent. Les mots ne sont que l'expression de ce fleuve d'images qui vous envahit. On tente d'exprimer au plus juste ce flux d'inconscient avec les sensations qui vont avec.

17. Le livre que vous auriez rêvé d'écrire ?

Les livres comme Agatha Christie sait les faire."Les dix petits nègres" par exemple Suspens, Psychologie, Finesse, Surprise. Des livres qui semblent légers et qui sont d'une profondeur et d'une intelligence remarquables. Une grande dame qui m'épate.

18. Comment écrit-on à quatre mains ?

En se laissant guider par l'autre. En s'amusant, en s'écoutant. C'est une expérience fantastique très exaltante. Le bonheur du succès est multiplié par deux.


19. Qu'est-ce qui fait courir Florence Issac ?

L'amour des autres. Le besoin de donner. L'envie de recevoir. Le sentiment d'être utile. Le jeu et plein d'autres plaisirs...


20. Parlez-moi s'il vous plaît de votre dernier livre ?

Un recueil de poésie et photos. A partir des photos d'un ami Emmanuel Augustine, je me suis laissée aller à dire les mots. "Mages, magie, images" est né de l'envie à tous deux de mettre en lumière certaines images, certaines émotions qui nous tenaient à coeur. Une oeuvre encore à deux. j'aime le travail partagé, je pense plus riche et moins nombriliste. je travaille actuellement sur un recueil de nouvelles mais mes activités professionnelles, mes enfants, mes amis, et maintenant le site, ne me laissent pas tout le temps nécessaire pour finir l'ouvrage. mais cela suit son chemin..
.

 http://www.wart-art.org/eterviews/issac.htm

 http://www.webzinemaker.com/admi/m6/page.php3?num_web=1546&rubr=4&id=35031

  

AUTEURE: Laurence Konieczny

 

"Elle est Opaline comme la mer qui l’emporte dans ses remous. Son corps ondule. Au tréfonds de son âme, le labyrinthe se déplie. Ses sentiers suivent la ligne d’une direction d’étincelles." Elle serait un peu comme ça, Florence Issac, opale aux reflets changeants et irisés, son prénom pourrait conjuguer ses livres, avec florilèges, flots suaves  comme un flux d'images sensorielles, fleur qui s'ouvre et se replie au gré des saisons... 

Enseignante par vocation, elle se ressource en poésie. Humaniste, elle milite pour un monde plus juste, en se battant pour l'insertion des immigrés et contre l'illettrisme. Sa façon d'être au monde, c'est être vraie, entière et proche  des autres. 

Avec son livre "Mage, magie, images", elle donne ses mots à la magie des images pour transmuter la peine en "éclats d'instants, flash" , jetés pêle-mêle sur la page. 

 

Emmanuel Augustine est informaticien et photographe passionné depuis l'âge de 14 ans. Marier la poésie et la photo a été pour lui "le plus beau moyen pour rendre hommage au père disparu et certainement faire le deuil". 
 

La jeune fille

Elle est Opaline comme la mer qui l’emporte dans ses remous. Son corps ondule. Au tréfonds de son âme, le labyrinthe se déplie. Ses sentiers suivent la ligne d’une direction d’étincelles. Grincements , délices du vertige. Balle, bulle, babille dans le nid vers l’infini où se brisent des douleurs, où s’épanouissent les formes et les couleurs La jeune fille s’envole. Écrire pour survivre comme le mourant qui appelle sa mère à l’aube de sa nuit. 

Extase

   

 

Eclatante,
Tu te reposes
Tu t’inclines sous mes ailes
Tu t’offres à mes ardeurs
Et j’imagine ne plus finir,  largué.

                                                                    
 Léon

Tes mots fer de lance

                   Pensées blessées sur l’écueil de tes lèvres

                                                        Je transe………

                                               Balance inachevé

                                                        De tes mots enfermés    

Au chaud et froid,          dans les cendres

De tes mots étrangers

 Consumé                  

Je transe

Je transpire

Je pour le pire

 

Je me déchire                                    à en mourir                        

  

Éclipse

 

Fils ténus
Nœuds, mains pressées

Qui s’agglutinent

La trame de tous ces désirs

Inavoués qui se cherchent

se retrouvent

et se perdent.

Dans sa chevelure d’or et d’argent

J’ose de mes doigts,

Je déplie un à un les voiles de ses méandres

Et le découvre

 

Les champs du possible

 

 

Les battements de pied

s’épanchent, portés, transportés

Dans le vide.

Les errances apeurées

Découvrent la vision SOUS

Sous le plein du Sous

Le Sens

L’envers de l’endroit.
Tout dépend de l’endroit où l’on se place :

Sur, sous ?

En , dans ?

Où ?
Les yeux, la main, les lèvres,

La bouche aux aguets.

Inventaire du possible

 

 

Jeux miroirs

 

Vertige

Vertige de l’image

Image-magie de ton visage

à te regarder

à te regarder
Éperdue

À te regarder

             Serpent à lunettes

             Serpent à fossettes

           Serpent à sonnettes

Interview   Propos recueillis par Laurence Konieczny

 

Comment est né ce projet d'écriture à "une main - un regard" qu'est le livre "Mage, magie, images" ? Comment avez vous travaillé avec Emmanuel Augustine? 

On est partie tout simplement d'une envie de créer quelque chose ensemble en apportant chacun sa pierre à l'édifice. Manu a une passion pour la photo, moi mon truc c'est plutôt assembler les mots,  donc tout naturellement l'idée d'un recueil photos poèmes a germé. On avait également une souffrance à expulser et exorciser tous les deux et l'art permet ce dépassement cette transfiguration, cette transcendance contre la peine qui submerge. Nous n'avions pas de méthode précise. L'œuvre s'est précisée au fur et à mesure que nous avancions à l'aveuglette puis l'évidence s'installe et on sait que c'est terminé que nous pouvons boucler. C'est la magie que le titre du recueil évoque.  Nous sommes partis des photos qui nous touchaient tous les deux, des photos d'enfance, de nature, de personnages. De ces photos sont partis mes mots. Manu a vu dans certains poèmes également des images qui lui parlaient.

 

Emmanuel Augustine: "A la mort de mon père en 1993, je m'étais promis de lui rendre hommage en réalisant pour toute la famille un "livre-souvenir" avec des photos commentées d'anecdotes de chacun. Mais je me suis très vite rendu compte qu'une telle démarche à titre personnel demandait beaucoup d'investissement, et de temps et d'argent. Florence, que je connaissais déjà avait perdu son père la même année et dans notre deuil, je pense que nos idées se sont retrouvées. L'idée du livre photo/texte était restée dans la forme, mais le fond a prit une toute autre tournure. Florence était déjà dans l'écriture et voulait que l'on puisse éditer une ouvre commune : l'album de famille n'avait donc à ce moment là plus aucun intérêt; Il nous a fallu quand même 7 ans pour que "Mage Magie Image" voit le jour : un cycle certainement nécessaire pour mener à maturité un recueil qui reste malgré l'édition quelque chose de très personnel."

 


Quelles sont "les nourritures" de votre âme de poétesse?

Les poètes connus et peu connus que je glane lors de mes promenades en bibliothèque mais aussi dans les brocantes. Je découvre des vieux recueils de manuscrits auto-édités et j'adore ça, je me sens tellement proche de la personne qui a écrit.  J'adore Michaud, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Prévert. Je lis, je lis,  j'ai du mal à retenir tous les noms des auteurs. Tous les poètes me touchent. Ce sont des écorchés vifs, des hypersensibles et je me reconnais, des révoltés, des amoureux. Mais plus que dans les lectures c'est dans sa vie que l'on puise son inspiration comme des cris, des émotions que l'on veut ficher sur le papier, dessiner pour les conserver et peut-être sûrement pour savoir les maîtriser comme un trop plein de sensations qu'il faudrait pouvoir contenir

 

 

Comment êtes-vous entré "en écriture"?

Très jeune, je m'inventais des histoires. J'étais déjà très sensible aux autres à ce qui se cache derrière les masques, tourmentée par les injustices, prise de grandes amitiés. Donc tout d'abord un cahier journal où je dressais les caractères de mon entourage. Je lisais également beaucoup. Puis des poèmes comme ils me venaient dans la nuit comme un flash important à saisir.


Quelle serait votre  propre lecture de votre  oeuvre?

J'y sens une révolte qui demande à être exprimée. Des fulgurances, des révélations, des visions qui me viennent et qu'il me faut expulser. Comme une cocotte minute qui bout et qui doit laisser partir la vapeur. Cette obsession de toucher la vérité au plus près. Mais aussi fortement ancrée en moi , cette envie de jouer avec les mots, de jongler, de me mettre à nu et de séduire.

 Interview Cadavre- Exquis :

LK: Une femme se regarde dans un miroir. Elle se dit:

Florence: C'est comme un livre qui contient d'autres livres à la manière du principe des poupées gigogne russes. On s'embarque et on peut y flâner dans les odeurs, les couleurs, les sensations pour y cueillir des images, des émotions. C'est une aventure ouverte sur l'infini. C'est magnifique,
fabuleux. On trouve à peine les mots pour dire, pour imaginer tout ce que l'on peut y faire. J'adore la nouveauté. La connaissance est infinie. On aura jamais fini. Il faut savoir rester dans ce désir d'avancer, de progresser sans cesse. Savoir rester émerveillé par la beauté des choses comme un jeune enfant qui s'éveillerait au monde.

Un alchimiste joue avec ses poudres dans son laboratoire. Il pense: 

Je veux mettre en avant les Hommes lucides, intelligents, capables d'analyser l'Histoire du monde et des peuples sans désespoir, avec humilité et compassion pour notre race. Des hommes qui prônent l'amour, la solidarité, le partage entre les êtres comme seul salut contre cette errance quelquefois si cruelle et si absurde tel Sysiphe qui doit refiler sans fin les mailles de son ouvrage. Des hommes généreux qui proposent des solutions concrètes transposables à notre condition. Je suis profondément captivée par bon nombre de scientifiques, philosophes, sociologues. Platon, Socrate, Jung, Lévinas et tant d'autres d'une grande sagesse que l'on ne devrait jamais cesser de lire et d'écouter.

Un homme et une femme se tiennent main dans la main,  ils sont des vase-communicants... peut-être télépathes... 

La méchanceté gratuite, la cruauté, la bêtise. Pour moi est intelligent celui qui a l'intelligence du cœur, celui qui est capable de comprendre les âmes, d'être en empathie avec les autres.  A l'heure actuelle on prête de l' intelligence à celui qui est capable de se modeler au système universitaire, de suivre les étapes sans heurts. Pour moi cette conduite telle qu'elle est pratiquée dans notre pays est le contraire de l'émergence d'un esprit critique, éveillé, riche et créatif. On crée des automates stéréotypés, morts avant d'avoir vécus prisonniers d'une société marchande. J'admire la bonté, l'humanité, l'humour. Des valeurs dont on n'ose pas parler de peur d'être taxé de mysticisme ou de folie

Au sommet d'une montagne, un paysage se découvre... 

C'est une façon de se construire, de prendre en main sa vie, sans fatalisme avec courage et volonté. Une manière d'affronter des situations difficiles, de se structure et d'affiner sa réflexion. Il faut, je crois être sans arrêt vigilant à ne pas se laisser aller à l'agressivité, à la violence humaine qui nous habite. Rentrer dans l'écriture, le savoir est une manière d'échapper à ce fléau. Comprendre l'autre permet de l'accepter dans sa différence et évite ainsi les guerres

Un livre est ouvert sur une table de chevet, près d'un chandelier. 

Tant de chose encore que je n'ai pas réalisé. J'ai l'impression que je n'aurais jamais fini. Et c'est très bien. Je ne vis pas dans l'urgence. j'aime goûter les choses, les apprécier à fond. J'ai le sentiment en moi d 'avoir l'éternité. J'aimerais entre autres  jouer un rôle au théâtre ou au cinéma, faire partie d'une troupe ou d'une équipe pendant quelques mois en tournée. Ah oui ce serait super! Vivre un temps de fêtes et de travail en groupe pendant un long moment, passionnée sur un projet précis. J'aimerais aussi Voyager  dans tous les pays que je n'ai pas encore eu l'occasion de visiter. Y Faire des reportages, des articles sur la vie des gens. Me mettre à la photo. A la peinture. Je crois que la peinture est un travail très proche de l'écriture. Ce qui est important pour moi, c'est d'avoir toujours des challenges, des défis à relever. Être en perpétuel évolution. Avoir toujours le sentiment d'être en ré-création!

Une femme est allongée sur un divan, son déshabillé glisse sur son épaule. 

J'aurais aimé rencontrer Brassens, Prévert. Des bonhommes tranquilles, inventifs, originaux tolérants qui inspirent la paix, la confiance. Habiter un monde d'artistes fait de sensibilités, de musique, de fantaisies et d'amour. 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                           

 

 

 

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